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Dans la brume électrique

TFM Distribution

Laura

Le film a pour décor principal la Louisiane d'après Katrina. Il en ressort l'image d'un lieu à l'abandon, zone de non droit hors des règles. C'est le lieu idéal pour un personnage de flic qui franchit la limite. Cette sensation d'isolement répond tout à fait à la brume épaisse qui masque les événements et permet le surgissement du rêve et du passé. Du point de vue de l'ambiance, c'est vraiment très réussi.

Ce qui m'a plus gênée, c'est le côté un peu systématique voire caricatural de ce flic qui dérape et se met à cogner sur les méchants sous l'oeil étonnamment compréhensif d'une fédérale. Certains raccourcis m'ont donné l'impression que j'étais devant un film de genre qui répondait point par point aux codes habituels sans assez de subtilité et d'inventivité à mon goût.

Ronan

Ce sont certainement un peu les mêmes raisons qui m'ont fait apprécier ce film : le côté systématique et très codé de ce polar (pas très noir) le range parmi ces films qui revisitent les genres avec curiosité et un goût de l'étrangeté, pour le plaisir et surtout l'amour du cinéma.

Certains détails, comme l'importance de la brume (et même les panneaux indicateurs omniprésents et jamais utiles, si si ! faites attention !), ou encore ce vieux général sudiste qui apparaît de temps en temps pour commenter les quêtes de Tommy Lee Jones, m'ont beaucoup plu. Il y a, en somme, un aspect très rétrospectif dans ce film, qui en rebutera plus d'un, mais qui réussit à dépeindre la Louisiane avec beaucoup de finesse, comme une terre sans lois, perdue dans les brumes du temps.

On retrouve certains aspects du Sud des Etats-Unis qu'on avait pu trouver, déjà, dans Minuit dans le jardin du bien et du mal ou un traitement de l'histoire qui va chercher un peu plus loin que son intrigue et se perd dans un pays de Trois enterrements, ce qui n'est bien sûr, comme le confirmera Bertrand Tavernier, pas un hasard...

 
Dans la brume électrique
Réalisé par Bertrand Tavernier
Avec Tommy Lee Jones, John Goodman, Peter Sarsgaard, ...
Année de production : 2008
Good Morning England

Nick Frost, Rhys Ifans et Philip Seymour Hoffman. StudioCanal

Laura

Un chouette film, une bouffée d'air frais, de vent du large. Un juste mélange d'amitié, de plans foireux, de révolte et d'espoir. Les personnages, bien construits et approfondis évitent la caricature qui aurait pu être un piège facile. Les acteurs les incarnent avec humanité, fraîcheur, les rendant ainsi touchants et drôles. On ne peut que se ranger du côté de ces doux rêveurs passionnés, prêts à mourir pour un album ou un silence à l'antenne. Et l'on finit par regretter cette radio pirate qui même aujourd'hui, bousculerait un paysage radiophonique certes vaste mais souvent homogène.

Le décor du bateau, symbole de la liberté de ces têtes brûlées, fonctionne vraiment très bien. Il est vieux, un peu bancale mais très vivant. Les acteurs ont vraiment vécu dessus, avec toute l'équipe technique. Tous les matins ils partaient en mer pour tourner en conditions réelles. L'ambiance du film se nourrit de cette proximité des acteurs. Enfin, c'est un réel plaisir d'entendre les tubes 100% rock qui habitent le film (plus qu'ils ne l'agrémentent). On peut en écouter quelques uns sur le site officiel, http://www.goodmorningengland-lefilm.com/site/index.html

Ronan

Entre Philip Seymour Hoffman (The Big Lebowski), Rhys Ifans (Human Nature), Bill Nighy (Shaun of the dead) ou Nick Frost (Hot Fuzz), et encore, la liste est longue, bref ! nous avons là une compilation d'acteurs spécialisés dans les comédies décalées de ce début de siècle, qui sont venus faire un crochet non regrettable par la comédie grand public à l'anglaise !

Autant le dire, tout de suite, si l'intrigue n'est pas bien épaisse et l'univers systématiquement manichéen, on n'en a cure ! On se poile d'un bout à l'autre de ce film porté essentiellement par le talent de ces comédiens qui enrichissent ce huis clos avec une facilité déconcertante. J'ai beaucoup aimé également la qualité de la reconstitution : on se retrouve plongé dans les années 1960, avec ses qualités et ses défauts mais beaucoup de réalisme, avec aussi, jusqu'au scénario je dirais, un clin d'oeil soutenu au style de films de ces années-là (le final interminable s'explique sans doute un peu là-dedans).

Pour les mordus de l'histoire qui resteront fascinés par cette histoire de cargo-radio-pirate, sachez qu'elle s'inspire d'un fait réel que j'étais trop jeune pour connaître : Radio Caroline, qui a émis de 1964 à 1989. Une belle histoire, en tout cas, servie par une BO impeccable !

 
Good Morning England
Réalisé par Richard Curtis
Avec Philip Seymour Hoffman, Rhys Ifans, Bill Nighy, ...
Année de production : 2009
Millenium

Noomi Rapace. UGC Distribution

Laura

Je suis allée voir Millenium toute seule, Ronan n'ayant pas lu le livre et préférant attendre avant de voir le film. Je pense que c'est un très bon choix.

J'ai du mal à imaginer ce que peut ressentir quelqu'un qui n'a pas lu le livre avant. En tout cas, pour moi, c'était un véritable plaisir de voir à l'écran l'histoire que j'avais découverte en mots. J'ai ressenti une sorte de complicité avec le film, en rajoutant mentalement certains détails lus, en complètant les ellipses et en piaffant d'impatience par instants. Mon voisin était dans le même état, il s'avançait sur son siège juste avant les instants décisifs...

Par contre j'imaginais Mikael Blomkvist légèrement plus sexy, il faut bien l'avouer. Mais au fil des minutes et des heures son charme discret opère. Quant à Lisbeth Salander, qui ne m'avais pas vraiment convaincue dans la bande-annonce, elle est formidable ! Sa réserve, sa brusquerie, sa franchise sont parfaitement dosées et prêtent à sourire sans jamais tomber dans l'exagération. La question de son espace vital, notamment dans son rapport avec Blomkvist, est très bien traitée.

Le réalisateur joue beaucoup sur des plans d'insert qui rythment la narration et soulignent de manière légère et fluide des éléments de l'histoire : des plans d'écran d'ordinateur, des photos (notamment celle des soldats nazis qui suggère l'histoire familiale)... J'ai beaucoup aimé justement l'omniprésence de la photographie, que l'on ressent dans le livre mais qui est très bien rendue à l'écran. Et particulièrement le flou, inhérent à l'image, et que seuls les experts peuvent rendre net en trois coups de cuillère à pot.

J'avais un peu peur que le film soit aseptisé par rapport au livre, or je n'ai pas ressenti cela. Même si les images sont, d'une certaine manière, moins trash que les descriptions de Stieg Larsson, elles laissent voir et deviner tout à la fois, sans hypocrisie ni fausse pudeur.

Une adaptation réussie qui tient parfaitement la route et reste dans l'esprit de l'auteur. Une agréable surprise et un vrai plaisir !!

 
Millénium, le film
Réalisé par Niels Arden Oplev
Avec Michael Nyqvist, Noomi Rapace, Lena Endre, ...
Année de production : 2009
Slumdog Millionaire

Pathé Distribution

Laura

Les diverses « strates » temporelles (le présent de l'interrogatoire, le passé composé de l'émission et l'imparfait du souvenir) rendent la continuité narrative très intéressante et font plonger le spectateur au coeur de l'histoire. Cette vision de l'Inde, nue et sans concession, même si ça lui a été reproché, apporte une ambiance vraiment particulière au film, qui finalement fait le lien entre l'imaginaire Bollywood et la réalité des bidon-villes. Comme les émotions du spectateur, entre rires et larmes, horreur et admiration. J'ai aimé ce film mais je trouve tout de même que le battage médiatique était un peu exagéré.

Ronan

Pas évident d'intervenir dans un film dont on a tous entendu parler et qui a fait couler autant d'encre sur les scandales qui l'ont entouré. Je passerai donc sur les sujets difficiles à trancher des salaires ridicules des acteurs, revus à la hausse depuis, du père de l'actrice qui joue Latika jeune qui aurait voulu la vendre ou de la rumeur plus tendre que les amoureux à l'écran Dev Patel et Mia Drake seraient devenus amoureux à la vie, mais chut !...

Mes impressions sur ce film sont partagées, à vrai dire, on a l'impression de voir plusieurs films. Le scénario voyage en permanence dans le temps avec beaucoup de subtilité, les ambiances varient aussi et les univers visuels également. L'histoire est un conte des temps modernes, mais le ton de Danny Boyle est sans concession dans son regard sur les bidonvilles et des milieux peu reluisants qui les enserrent, tout en gardant l'humour implacable qui le caractérise. Mélange de cultures différentes : entre le roman de départ et les membres de l'équipe indiens, la production-distribution anglo-franco-américaine, le mélange de thriller, de film social, de comédie romantique et même un tout petit peu de comédie musicale, on assiste à une production assez artificielle.

Et pourtant, cela ne gâche étrangement rien au plaisir de voir ce film. S'il ne restera pas comme un classique absolu du cinéma, on ressent dès le départ qu'il y a un pari osé de montrer sans aucune contraintes scénaristiques un univers dur et parfois inhumain. Les plans ont souvent l'air volé et de fait, beaucoup de scènes ont été improvisées dans les rues des bidonvilles avec des objectifs discrets. Les plans dans la ville sont d'ailleurs ce qui m'a cloué à mon fauteuil : les cadrages, le rythme du montage, les couleurs sont proprement ahurissants et de toute beauté. Les gamins qui jouent les rôles principaux sont impeccables et Danny Boyle ne dépareille pas pour filmer des scènes avec une intensité et un sens artistique au sommet de leur forme. Bref, si je ne garde pas tout, je dois quand même admettre que ce film est très bien fait, que l'on reste jusqu'au bout sans difficulté et que beaucoup de choses dans sa composition en font un film d'exception qui mérite son succès.

 
Slumdog Millionaire
Réalisé par Danny Boyle
Avec Dev Patel, Mia Drake, Freida Pinto, ...
Année de production : 2008
Very Bad Trip

Bradley Cooper, Zach Galifianakis et Ed Helms. Warner Bros. France

Laura

Quatre gars en virée à Las Vegas pour un enterrement de vie de jeune garçon. C'est, pour moi, l'un des pires début de synopsis qui puisse exister.

Mais pour le plus grand plaisir de mes zygomatiques, le réalisateur évite le déjà-vu et part dans un délire complètement assumé. Les blagues potaches sont équilibrées par un bon second degré et un esprit politiquement incorrect délectable. On évite les scènes trop explicatives ou conclusives qui auraient pu alourdir l'ensemble, et le coup des photos à la fin est un vrai régal. Le frère de la mariée, clownesque et pervers à souhait apporte une super touche à l'ensemble.

Pendant le reste de la soirée, j'en riais encore.

Ronan

Je connaissais vaguement Todd Philips pour Road Trip (ou comment raconter un road movie en laissant un des personnages derrière : "Non, moi, je vous suis pas, je reste ici !" génial !) ou son plus célèbre et non moins déjanté Starsky & Hutch, adaptation semi-parodique et très improbable de la série. Avec Very bad trip, le réalisateur nous ramène avec tout aussi peu d'intérêt pour les questions morales ou bien pensantes que d'habitude, dans son univers toujours sur la brèche : entre la franche bouffonerie et une ambiguïté poussive. On ne tombe jamais dans le dérangeant, mais jamais non plus dans le premier degré !

En gros, si vous aimez l'humour limite pour un pur moment de franche rigolade sans lendemain, Very bad trip est LE film qui tient ses promesses ! Courez-y !

Mention speciale, comme Laura, pour l'acteur Zach Galifianakis, cet humoriste américain est incroyable dans le rôle du frère de la mariée complètement givré ! Pour ceux qui ont vu le film et qui aiment Fiona Apple : un petit bonus ici !...

 
Very Bad Trip
Réalisé par Todd Phillips
Avec Bradley Cooper, Ed Helms, Zach Galifianakis, ...
Année de production : 2009
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